Reportage: les finances d’une famille recomposée

Miriam Bosch 8 Minutes

Les familles recomposées sont confrontées à différentes difficultés. Sujet souvent litigieux, la gestion de l’argent en fait partie. Les enfants qui grandissent dans deux foyers connaissent généralement aussi deux types d’éducation en matière d’argent. Pas toujours facile, estiment Nicole Neuenschwander et son partenaire Gino Lüthi. Le couple vit dans le canton de Zurich avec Alina, la fille de Nicole. Les fils de Gino, Finn et Leo, sont là toutes les deux semaines et passent le reste du temps chez leur mère en Suisse centrale.

«Mes fils apprennent à gérer l’argent différemment», dit Gino, qui travaille comme infirmier dans un hôpital. «Chez nous, c’est plus strict que chez eux.» C’est ce que ressent également Alina, la belle-fille de Gino: parfois, la fillette de neuf ans est un peu jalouse de ses demi-frères. Par exemple, lorsqu’ils racontent leur visite des studios «Harry Potter» à Londres. «Mais quand ils sont chez nous, nous sommes tous traités de la même manière.» La famille tient au principe d’équité.

Des points de vue différents sur l’argent

«Nous parlons davantage d’argent que les autres familles», estime Nicole. Certes, c’est parfois fatigant, mais les avantages l’emportent sur les inconvénients. «Les enfants profitent des différents points de vue», est convaincue cette laborantine en chimie. «Cela élargit leurs horizons.» Il y a quelques années encore, les deux garçons avaient beaucoup plus de mal à accepter que Gino et elle refusent une idée d’excursion. «Mais maintenant, ils savent comment ça se passe chez nous.» 

Nicole et Gino sont sur la même longueur d’onde en matière d’éducation financière.

Prendre conscience de l’argent grâce à l’expérience pratique

Ces dernières années, les deux garçons ont appris la valeur de l’argent. «Il y a quelque temps, j’ai fait une petite expérience avec Finn», raconte le père en riant. Lorsque son fils cadet a été déçu qu’ils n’aillent pas à Europa-Park comme il l’avait espéré, il lui a donné pour exercice de calculer ce qu’aurait coûté ce séjour. «J’ai été étonné», se souvient le jeune homme de 12 ans. «Rien que les billets d’entrée pour cinq personnes étaient extrêmement chers.» Chaque poste de dépense supplémentaire (hébergement, repas, frais d’essence) lui a fait prendre conscience de l’ampleur financière d’une telle excursion.

Leo (14 ans) et Finn (12 ans) dépensent peu de leur propre argent pour leurs hobbies.

Avoir davantage conscience de l’argent

«Il est important pour moi que mes fils sachent d’une part ce que coûtent les choses, et qu’ils comprennent d’autre part tout ce que nous leur permettons de faire», explique Gino. Il n’attend pas de gratitude, il veut simplement qu’ils comprennent que tout ne va pas non plus de soi. «Cela implique aussi de prendre soin de ses affaires. Et de toujours se demander ce dont on a vraiment besoin.» Au fil des années, ses fils ont pris de plus en plus conscience de l’argent.

Sujet de discussion dans la famille recomposée: les vacances

Seul le sujet des vacances fait encore parfois l’objet de discussions. «Nous ne faisons qu’une fois par an de grandes vacances en famille», dit Nicole. Le revenu commun du ménage s’élève à environ 11 000 francs, moins environ 2000 francs de pension alimentaire. «Comme Finn et Leo partent plus souvent et généralement plus loin avec leur mère, parfois, ils ne comprennent pas.» Alina acquiesce. «Ils ont passé Pâques à New-York, et la première chose qu’ils ont demandée quand ils sont rentrés, c’est la destination de leur prochain voyage.»

L’importance de bien communiquer

Nicole est heureuse que la communication avec l’ex-partenaire de Gino se passe si bien. Ils se voient pour discuter des questions financières plus importantes et les deux parties respectent la convention de divorce. «Il est important pour nous tous de trouver un compromis.» S’il n’y a guère de discussion au sujet de l’école ou de la santé, il est souvent plus difficile de trouver un terrain d’entente en ce qui concerne le financement des hobbies ou d’autres dépenses de loisirs. «Mais on sait tous que certaines décisions doivent être prises en commun.» 

Des espèces pour mieux saisir la valeur de l’argent

Malgré tout, le défi est de taille: les garçons sont habitués à avoir un autre rapport à l’argent, concède Gino. «Leur mère leur twinte de l’argent quand ils en demandent, par exemple pour un repas ou un ticket de bus. Ils ne connaissent donc pas le sentiment de ne pas avoir d’argent.» Personnellement, il trouve cela difficile, même si les garçons discutent de leurs dépenses avec leur mère à la fin du mois. «Je suis un grand fan des espèces. Je trouve que cela aide à avoir une meilleure idée de la valeur de l’argent.»

Alina n’a donc que de l’argent liquide, mais pas sous forme d’argent de poche. Au lieu de cela, elle peut, comme les garçons en théorie, choisir des tâches parmi un programme de tâches ménagères. «Je ne vois pas pourquoi il faudrait donner de l’argent comme ça aux enfants», explique Nicole. Son partenaire est d’accord avec elle. C’est donc 50 centimes pour l’époussetage, un franc par étage de la maison aspiré. «Alina gagnerait plus en nettoyant les vitres, mais cela ne l’intéresse pas du tout», commente sa mère en riant.

Alina n’a pas d’argent de poche, mais elle peut obtenir de l’argent en effectuant des tâches ménagères.

Et que pense sa fille de cette règle? «Je ne suis obligée de rien», répond Alina. «Et si j’ai vraiment besoin de quelque chose, maman me le paie de toute façon.» Ce qu’elle préfère, c’est épousseter. «Nettoyer les toilettes ne fait vraiment pas partie de mes tâches préférées. Maman vérifie toujours très attentivement si je l’ai bien fait.» Nicole est d’accord. «Si je dois passer derrière elle, ça ne sert à personne: elle n’apprend rien et ça ne m’aide pas.»

Le programme des tâches ménagères d’Alina indique clairement combien elle reçoit pour chaque tâche accomplie.

Pas d’argent de poche, mais des cadeaux en argent

La mère des demi-frères d’Alina ne leur donne pas d’argent de poche, mais ils reçoivent régulièrement des cadeaux en argent pour leurs anniversaires ou pour Noël, qu’ils utilisent en partie pour financer leurs hobbies. Et quand ils ont de plus grandes envies, ils mettent aussi la main à la pâte. «L’année dernière, j’ai aidé ma marraine pendant deux semaines au jardin et au bureau pour pouvoir m’acheter une mobylette», raconte Leo.

Pas d’argent de poche sans contrepartie

Nicole sait qu’en matière d’argent, elle applique des principes stricts et systématiques. «Alina me le reproche aussi parfois», admet-elle. Néanmoins, avec le recul, sa fille lui donne généralement raison. Et les autres parents n’ont de cesse de complimenter la serviabilité d’Alina. Bien sûr, elle adaptera son éducation financière si sa fille a envie de quelque chose de plus important. «Mais pour l’instant ce n’est pas le cas.»

Alina n’a pas encore de grandes envies: ce qu’elle préfère, c’est lire.

Le smartphone n’est pas encore à l’ordre du jour

Heureusement, la question du smartphone avec frais mensuels ne se pose pas encore. «Mais quand le moment viendra, elle devra y participer. Par conviction, nous n’offrons pas d’argent.» Il est possible qu’à l’avenir, Gino et elle remettent l’argent de poche à l’ordre du jour. «Mais cela aussi sera soumis à des conditions, par exemple qu’Alina range sa chambre. Après tout, l’argent ne tombe pas du ciel.»

Le temps passé ensemble est le plus important pour cette famille recomposée.

Finn et Leo ont finalement compris que leur père et leur belle-mère ne fonctionnent pas de la même manière que leur mère en matière d’argent. «C’est passionnant et instructif d’avoir différents points de vue», dit Finn. Il ajoute avec un clin d’œil: «Mais je suis bien content de ne pas devoir travailler pour avoir de l’argent.»